Le Togo pourrait gagner 172 millions de dollars supplémentaires en dix ans, d’après Ayre Think Tank
Classé 37e sur 56 pays du Commonwealth en matière de préparation des jeunes à l’intelligence artificielle, le Togo dispose d’un potentiel économique important, mais doit encore relever plusieurs défis liés à la formation, à l’accès à Internet et à l’inclusion numérique.
L’intelligence artificielle (IA) pourrait représenter une véritable opportunité de croissance pour l’économie togolaise. Selon une nouvelle étude de l’Ayre Think Tank, publiée le 5 novembre 2026, le Togo pourrait enregistrer une augmentation de son produit intérieur brut (PIB) de 172 millions de dollars américains au bout de dix ans, grâce aux retombées potentielles de cette technologie. Dans un scénario optimiste, ce montant pourrait même atteindre 262 millions de dollars.
Intitulée The Ayre Index : The 2026 Commonwealth Youth AI Readiness Index, cette étude évalue la capacité des jeunes âgés de 15 à 29 ans à tirer profit de l’intelligence artificielle dans les 56 pays membres du Commonwealth. Sur la base de 1 128 sources documentaires, le rapport classe le Togo au 37e rang, avec un score de 42,6 points sur 100, bien en dessous du seuil de préparation fixé à 53 points.
Au-delà de ce classement, l’étude met en lumière un paradoxe dans le paysage numérique togolais. Si la couverture du réseau 4G atteint 99,7 % de la population, seulement 44,9 % des jeunes concernés par les données examinées déclarent utiliser Internet. Une situation qui s’explique notamment par le coût élevé des données mobiles et les problèmes de qualité de connexion.
En effet, les dépenses liées aux données mobiles représentent 9,46 % du revenu mensuel moyen au Togo et plus d’un cinquième des revenus des 40 % de la population les plus pauvres. À cela s’ajoutent les interruptions de connexion signalées par 74,4 % des entreprises interrogées. Des obstacles qui limitent les possibilités d’apprentissage en ligne, de création d’entreprises et d’appropriation des nouvelles technologies.
Des défis liés à la formation et aux langues locales
L’éducation et la formation constituent également des points de faiblesse. Le Togo n’obtient que 2,5 points sur 10 dans ce domaine, selon les indicateurs retenus par l’étude. Le rapport relève notamment une proportion relativement faible d’enseignants formés et l’absence de données permettant d’évaluer directement les compétences numériques et en intelligence artificielle des jeunes Togolais.
La question linguistique représente un autre défi. Si les systèmes d’intelligence artificielle prennent relativement bien en charge le français, les langues locales restent moins bien représentées dans l’environnement numérique. Le score du Togo est inférieur à 40 sur 100 pour la prise en charge numérique de l’ensemble des langues parlées sur son territoire.
Face à cette difficulté, le gouvernement togolais a engagé, en septembre 2026, les premiers tests publics de l’initiative « Voix du Togo ». Ce projet ambitionne de développer des outils d’intelligence artificielle capables de comprendre et d’utiliser les langues nationales, notamment l’éwé, le kabiyè et le moba, avec une perspective d’extension à environ 50 langues.
Des initiatives pour préparer la jeunesse togolaise
Plusieurs autres actions sont également mentionnées dans le rapport. En août 2026, le gouvernement a commencé à former 101 spécialistes chargés de gérer de nouveaux laboratoires d’innovation pédagogique. Ces espaces doivent permettre aux élèves et étudiants d’expérimenter les technologies et de développer des compétences pratiques.
En septembre, les initiatives visant à introduire l’intelligence artificielle dans l’enseignement technique et professionnel ont également progressé, avec une attention particulière portée à l’adéquation entre les formations et les besoins des employeurs.
Le soutien à l’entrepreneuriat technologique figure aussi parmi les priorités. En mars 2026, un programme destiné à renforcer les structures d’accompagnement des jeunes entreprises technologiques a été annoncé, notamment à travers le mentorat et l’accès au financement.
Ces efforts apparaissent d’autant plus nécessaires que, selon une enquête de 2022 citée dans le rapport, 24,7 % des Togolais âgés de 18 à 29 ans créaient ou dirigeaient une jeune entreprise. Parmi eux, 83,9 % déclaraient que le manque d’emplois figurait parmi leurs motivations.
Cinq priorités pour transformer le potentiel en opportunités
Pour permettre aux jeunes de bénéficier pleinement de la révolution de l’intelligence artificielle, l’Ayre Think Tank identifie cinq priorités : rendre les technologies plus accessibles financièrement et plus fiables, développer un enseignement axé sur les compétences pratiques, renforcer les passerelles entre formation et emploi, concevoir des outils d’IA adaptés aux langues et aux besoins locaux, et garantir aux jeunes la possibilité de contester les décisions automatisées.
Pour le Togo, l’enjeu dépasse donc la simple adoption de nouvelles technologies. Il s’agit de transformer les infrastructures numériques existantes en véritables leviers de création d’emplois, de développement entrepreneurial et de croissance économique.
Les 172 millions de dollars annoncés dans le scénario modéré constituent toutefois une estimation de l’effet potentiel de l’IA sur le niveau du PIB au bout de dix ans, et non une prévision de gains annuels ou une garantie de retombées économiques.
La révolution de l’intelligence artificielle ouvre ainsi une nouvelle fenêtre d’opportunités pour le pays. Encore faudra-t-il donner à la jeunesse togolaise les moyens techniques, financiers et éducatifs nécessaires pour ne pas rester simple consommatrice de technologies conçues ailleurs, mais devenir également actrice de leur développement.
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Publié le jeudi 5 novembre 2026, par Gabinho